Divertimento vocale Freiburg
18.02.2012

À propos des pièces, des compositrices et des compositeurs

Le répertoire choral suisse et notamment romand se révèle être particulièrement diversifié et témoigne d’un intérêt ininterrompu pour des styles toujours nouveaux. Le présent CD contient des pièces qui traduisent près d’un siècle de créativité musicale suisse. Les textes, quant à eux, sont le reflet de sentiments et d’expériences qui n’ont guère changé en deux mille ans. Ils sont issus de la Bible et de liturgies, ou de la collaboration régulière ou ponctuelle entre les musiciennes et musiciens et les poètes suisses (à l’exception de Flowers, inspiré par un poème de l’Anglaise Emily Dickinson). La diversité se retrouve à nouveau au niveau linguistique, puisque les pièces chantées sont en six langues, et on pourrait encore subdiviser les pièces en Suisse alémanique et en français en idiomes locaux : cette palette linguistique reflète à la fois l’esprit d’ouverture qui gouverne les choix du chœur fribourgeois alémanique et la fonction de lien temporel et spatial exercée par la musique, représentée par des compositrices et compositeurs de dix cantons suisses (leur canton d’origine est indiqué dans la liste des œuvres). Du point de vue thématique, nous nous mouvons également dans un espace atemporel, puisque les chants nous parlent d’amour, de la foi, de saisons, du temps qui passe et de la patrie : de la vie, tout simplement.

Les compositrices et les compositeurs des œuvres présentées ont en commun, pour leur part, d’être eux-mêmes des cheffes et des chefs de chœur chevronnés, à l’exception de Carl Rütti, de Laurent Mettraux et de Marianne Meystre. C’est aussi le cas de la directrice actuelle du Divertimento vocale, Caroline Charrière. Elle a dédié plusieurs œuvres à ce chœur, dont l’oratorio pour chœur et orchestre Le livre de Job, créé en 2001, à l’occasion du dixième anniversaire de cette formation. Le fait de composer de la musique tant profane que spirituelle est un autre point commun entre les compositrices et compositeurs. Henri Baeriswyl est par ailleurs à la fois l’auteur des paroles et de la musique de Redites-moi ce temps et constitue une exception à ce titre dans le présent contexte. Alors que la plupart des compositrices et des compositeurs trouvent dans leur activité de cheffe et de chef de chœur leur principale source d’inspiration, effaçant la frontière entre création et interprétation musicale, nous devons aussi une importante œuvre instrumentale à Willy Burkhard, Jean Daetwyler, Bernard Reichel, Carl Rütti, Caroline Charrière et Laurent Mettraux. Quant à Marianne (Hofer-)Meystre, elle compose aujourd’hui uniquement pour son théâtre de marionnettes à Lucerne.

Parmi les compositeurs du passé, il faut souligner l’activité réformatrice de certains d’entre eux, avant tout celle de l’abbé Joseph Bovet qui, à l’instar de Johann Georg Nägeli un siècle avant lui, a eu un effet régénérateur durable sur le chant populaire et sur le répertoire. Des chants tels que Là-haut sur la montagne (1911) restent des classiques du répertoire choral romand jusqu’à ce jour. En sa qualité de directeur des principales formations chorales fribourgeoises, il a marqué la sensibilité musicale de toute une population. De ce fait, il est considéré comme le « père » du mouvement choral fribourgeois, voire romand de son temps. L’abbé Bovet a également contribué au renouveau de la musique religieuse. La volonté de renouveau porte l’engagement d’un autre prêtre, Pierre Kaelin. Alors que son activité chorale était fortement ancrée à Fribourg, son rayonnement était international, puisqu’il a participé à l’élaboration de la liturgie du Deuxième concile du Vatican. Parmi les autres régénérateurs de la musique vocale spirituelle, il faut encore citer Willy Burkhard. Jean Daetwyler, le Bâlois installé en Valais, est pour sa part parvenu à créer un langage artistique nourri de mélodies populaires. Pour ce qui restera des compositrices et compositeurs actuels, c’est l’avenir qui le dira. Et cet avenir semble assuré : la relève est encouragée de manière ciblée, notamment par la création de chœurs d’enfants et de jeunes. L’attribution régulière de commandes de composition par les chœurs assure l’enrichissement permanent du répertoire par des pièces nouvelles. Et si l’on se rallie à l’opinion que la vitalité des chœurs dépend de la qualité des voix et des interprétations, ainsi que de l’originalité de leur répertoire, une chose est certaine : la vie chorale fribourgeoise est vivante. Et bien vivante.

Irène Minder-Jeanneret

Bibliographie

CD Œuvres suisses pour chœur

CD Œuvres suisses pour chœur